Tradition, harmonie et style. De l’artisanat dans les règles de l’art.

C’est l’histoire d’un fauteuil. Un fauteuil abandonné qui, dans son grenier rempli de mobiliers rares et de meubles anciens, rêve de son passé, de ses années où il trônait en majesté au milieu du séjour familial. Puis un jour, on vient le chercher. Pour le jeter? Non, pour le dépoussiérer, dégrafer son vieux manteau et l’habiller de neuf pour le préparer à sa seconde vie.

 

Renouer avec le passé

Si le fauteuil est dans ce cas fictif, l’atelier où María Jimena redonne vie à ses meubles anciens gorgés d’histoires, existe bel et bien aux Ateliers de la Côte. Dans cet atelier comblé de meubles en bois, anciens ou modernes, d’outils plus insolites les uns que les autres, de tissus mais surtout de fauteuils teintés, María Jimena pratique un métier peu commun que l’on nomme «tapissier(e) d’ameublement». Fabrication, rénovation, restauration, décoration, habillement, modernisation, amélioration, cette profession encore quelque peu ignorée du grand public nécessite des compétences techniques accrues, des connaissances culturelles ainsi que beaucoup de rigueur et de précision. Le tapissier garnit les carcasses et procède à leur habillage tout en veillant à conserver le style du meuble. Ses ouvrages sont divers: coussins, housses, fauteuils, divans, María Jimena réalise des garnitures de sièges anciens et modernes en maîtrisant toutes les méthodes de fabrication. Ici, le recyclage fait partie intégrante de son quotidien. Tissus usés contre habillage coloré, les fauteuils des années cinquante ressortent modernisés tout en gardant leur authenticité.

 

Un millier d’agrafes

Après avoir soigneusement mis à nu le fauteuil à rénover, María Jimena se débarrasse de son ancien garnissage, puis, le regarni et procède aux différentes phases de son habillage en conservant le charme et les caractéristiques du modèle. Si cette artisane d’art applique le savoir-faire des tapissiers d’autrefois, de nouveaux procédés, de nouveaux outils et de nouveaux matériaux multiplient les possibilités de création et laisse place à une imagination débordante. Au fil des années, María Jimena a pu acquérir les techniques de préparations, de finitions et de restaurations en utilisant toutes sortes d’outils tels que sangles, jutes, ressorts, fibres végétales, crin animal, agrafes, colle, ficelle, corde, élastique, aiguille, clous et bien d’autres encore. Ils représentent à eux-mêmes le kit parfait du tapissier d’ameublement dont María Jimena ne se sépare jamais.

 

Des sièges de tous temps

Le siège moderne est plutôt arrangé de ressorts, de mousse fabriquée avec du pétrole à découper, à enlever ou à coller. Bien que peu écologique, cette méthode est la plus simplifiée de toutes. Le siège ancien, fait intégralement à la main est travaillé avec du crin végétal ou animal, il vieillira doucement et sera donc plus fidèle au temps. La matière naturelle ne se découpe pas, elle se travaille car le tapissier doit respecter la technique d’origine. La manière de donner une nouvelle vie à ces oubliés du passé sera toujours diversifiée, avec de nouvelles manières de rénover et confectionner.

 

Un chemin, de multiples lieux 

De sa Colombie natale, en passant par l’Espagne, l’Italie, la France ou la Belgique, María Jimena a toujours eu un amour fou pour l’étude des langues et de l’art. C’est finalement son appétit artistique qui prendra le dessus et qui lui donnera envie de se lancer dans ce métier de traditions. Après quelques années d’études en Italie, ville de prédilection pour les artistes, et cinq ans en Belgique à l’école des Beaux Arts, elle décide de monter quelques projets comme ouvrir sa propre boutique en plein centre de Bruxelles. Ce sont quelques années plus tard qu’elle viendra s’installer en Suisse pour suivre sa famille et c’est en janvier dernier qu’elle ouvrira son atelier aux Ateliers de la Côte.

 

Un coup de foudre

Un des architecte pour qui María Jimena travaillait avait comme ambition dans la vie de réhabiliter des châteaux selon les goûts de leur propriétaire. Son défi? Les rénover et les moderniser sans renier les origines antiques du lieu. Pour ce faire, beaucoup de mobilier, de décoration, de pots de peinture, de sculptures et différents tissus étaient utilisés pour la remise en forme des grandes demeures. Après quelque temps passé à l’accompagner, María Jimena fit la rencontre d’une tapissière. Il a suffi d’une journée pour qu’elle comprenne qu’elle en ferait son métier: «c’est de la décoration avec de la matière qu’on touche, qui doit être imaginée, construite et créé». C’est un métier artistique mais surtout de voisinage et c’est cet aspect communautaire que María Jimena apprécie énormément. Dans son atelier à Etoy, elle perpétue son savoir en donnant des cours à des particuliers.

 

Seconde vie

María Jimena rêvait d’avoir son propre atelier pour redonner vie à son meuble de prédilection, le fauteuil, lui permettant de conjuguer, de composer avec ce qu’elle aime soit, l’alliance du rustique et du contemporain. Ceci dans le respect de la tradition et du travail bien fait. Une merveilleuse façon pour elle de redonner vie aux meubles oubliés dans les combles et greniers.